Annic Bosmans

Chaque talent compte

Annic Bosmans a entamé sa carrière chez Interlabor Interim, un rouage de Randstad, en 1997, en qualité de conseillère intérimaire, avec un diplôme d’économie appliquée et l’intention de changer d’horizon après deux ans. Mais la vie en a décidé autrement. Depuis 2023, elle est CEO du Groupe Randstad Belux. Le fil rouge de son parcours ? Pouvoir faire la différence. « À mes débuts, un homme d’âge mûr m’a offert un bouquet de fleurs parce que j’avais réussi à lui trouver un nouvel emploi. C’est là que j’ai réalisé que ce que nous faisons peut vraiment changer la vie. »

« Mes devises sont “le temps porte conseil” et “jour après jour”. Je sais lâcher prise et me dire que demain est un autre jour. Il faut parfois passer la nuit sur quelque chose pour y voir plus clair. Je ne suis pas du genre à me laisser piéger. »

Quel regard portez-vous sur votre carrière au sein du groupe Randstad ?
Annic Bosmans : « Je me sens privilégiée. J’ai eu la chance, tout au long de ma carrière, d’être soutenue par des managers qui m’ont fait confiance. Je m’efforce aujourd’hui de le transmettre à mon tour. Tout le monde n’a pas la même confiance en soi, d’où l’importance d’être attentif à son équipe. Je pense aussi que chacun doit être le capitaine de son propre navire : en osant, en choisissant, en assumant sa vulnérabilité et en tirant parti de la force de l’équipe. Comme manager, je crois qu’il est essentiel d’instaurer une sécurité psychologique pour libérer la parole. C’est là que naît le meilleur feed-back. »

Quelle est votre vision de la vie, en tant que personne et CEO ?
Annic Bosmans : « Mes devises sont “le temps porte conseil” et “jour après jour”. Je sais lâcher prise et me dire que demain est un autre jour. Il faut parfois passer la nuit sur quelque chose pour y voir plus clair. Je ne suis pas du genre à me laisser piéger. Pour mes équipes, ma devise est: “Partez toujours de la perception”. La façon dont on vit une expérience est la réalité avec laquelle vous devez travailler. Surtout dans le domaine de l’expérience client. On peut avoir les meilleures intentions — si ce n’est pas perçu comme tel, il faut y prêter attention. Partez de l’idée que les gens sont bien intentionnés et allez de l’avant sur cette base. »

Randstad a 60 ans. Quel rôle jouez-vous sur le marché du travail ?
Annic Bosmans : « Relier les gens au travail, c’est notre métier depuis le premier jour, et cela n’a pas changé. Je dis souvent à mes équipes : les candidats ne viennent pas postuler, ils viennent avec une question, un besoin, un problème dans leur parcours. Accueillez-les comme un proche. En 20 ans, nous avons élargi notre offre : conseil stratégique, planification RH, accompagnement technologique… mais aussi soutien aux personnes éloignées du marché du travail. »

Quels sont les principaux défis RH du futur ?
Annic Bosmans : « Les vrais enjeux stratégiques concernent la gestion des talents. Cela passe par le jobdesign, soit repenser les rôles pour les rendre durables. Mais aussi par l’optimisation des salaires pour attirer et fidéliser, et le développement de leaders capables d’inspirer. Le travail hybride est aussi un défi actuel : comment garder le lien avec son équipe ? L’image de marque d’employeur compte tout autant, pour séduire les talents. Enfin, la gestion stratégique des effectifs reste un défi majeur : anticiper les besoins à long terme dans un monde qui évolue à toute vitesse. »

 

« Un autre axe important pour l’avenir concerne les profils spécialisés dans de vastes domaines (RH, finance, ingénierie...) où l’on travaille avec d’autres types de contrats. Le talent doit y être central. Comment voulez-vous organiser votre vie ? Voulez-vous travailler avec un contrat d’intérim ? Vous établir en tant qu’indépendant ? Souhaitez-vous un contrat permanent dans l’entreprise ou un contrat permanent via projectsourcing ? Les entreprises s’ouvrent davantage à cette diversité contractuelle, car elles cherchent des solutions durables. »

 

Avec Randstad Employability, vous visez des groupes cibles sous-représentés. Pourquoi ?
Annic Bosmans : « Parce que chaque talent compte, surtout dans le contexte actuel d’un marché du travail tendu. Si l’on vise 80 % d’emploi, il faut inclure les publics vulnérables et oser élargir son champ de vision. Notre équipe Employability agit comme coach auprès de ceux qui peinent à se reconnecter, en les aidant à relancer leur vie et à accéder aux entreprises. Chercher l’oiseau rare, c’est s’enfermer. Il faut dépasser les préjugés, non pour combler un poste, mais pour bâtir du durable. Intégrer des profils fragiles, c’est aussi affirmer son engagement social et renforcer la durabilité de son organisation. »

Comment envisagez-vous la technologie et l’IA ?
Annic Bosmans : « Nous intégrons l’IA dans les processus administratifs dans la mesure du possible, afin que les consultants se consacrent à des tâches à valeur ajoutée. La technologie peut également aider à la sélection. Mais nous restons vigilants : les modèles d’IA peuvent présenter des biais et discriminer inconsciemment. À cet égard, nous avons mis en place un comité d’éthique chargé de superviser notre utilisation de l’IA. Pour nous, l’utilisation correcte de l’IA est un défi non seulement technologique, mais aussi éthique. En particulier dans le domaine des RH, qui concerne avant tout les personnes. En tant que leader du marché, nous voulons montrer que l’IA ne change pas tout. La dimension humaine reste essentielle. »

Quel message souhaiteriez-vous encore faire passer au gouvernement ?
Annic Bosmans : « Limiter le chômage dans le temps est une bonne mesure, à condition d’y associer un réel accompagnement — même après deux ans. Il faut investir dans l’orientation, la reconversion et continuer à suivre les personnes, y compris au CPAS. Les décisions doivent reposer sur des données, et les mesures doivent être évaluées sur leurs effets, pas leur valeur symbolique. Prenons les économies sur les chèques-carrière : cet outil préventif aide qui sont à un tournant de leur vie ou qui ne se sentent pas bien. Un entretien avec un coach peut ouvrir de nouvelles perspectives. Cela dépasse largement la seule mobilité professionnelle. »