Els Lagrou

Bien-être financier : pourquoi lui accorder plus d'attention

« Même en travaillant, on n'arrive pas à joindre les deux bouts. » Voilà une phrase qu'on entend de plus en plus. Les soucis financiers sont une réalité quotidienne pour nombre de gens – et ils sont de moins en moins tabous. Selon Deloitte, deux Belges sur trois ont des difficultés financières. Une récente étude britannique montre aussi que les entreprises perdent chaque année des milliards à cause des travailleurs en arrêt de travail ou déconcentrés en raison de problèmes d'argent. Si les entreprises investissent dans le bien-être physique et mental, le bien-être financier est souvent négligé.

Els Lagrou veut y remédier. Avec son entreprise Dagelijks Geld, elle aide les gens, par le biais de leur employeur, à mieux gérer leur argent. Économe de formation, Els a débuté sa carrière dans les années 90 dans le secteur financier : d'une banque à la Commission bancaire, avec même des projets internationaux à l'OCDE. Elle a finalement opté pour l'éducation financière, avec comme conviction que l'argent est un élément essentiel du bien-être et qu'il faut en parler davantage. Elle a fondé Dagelijks Geld en 2023. Sa mission ? Donner aux gens les moyens de mieux gérer leurs finances.

« Il n'est jamais trop tard pour devenir entrepreneur. Avec l'âge, vous avez souvent un réseau, de la maturité et de l'expérience. Cela donne une certaine sérénité et de la confiance, ce qui manque peut-être aux jeunes. »

Pourquoi avons-nous aujourd'hui besoin d'éducation financière ?

Els Lagrou : « L'école ne nous a pas appris à gérer notre argent et depuis, notre environnement a évolué à toute vitesse. Tout s'est numérisé depuis la pandémie. On peut aujourd'hui souscrire un contrat en deux clics, sans avertissement ni accompagnement. Et votre smartphone vous confronte à un flux constant de tentations. Pensez à la formule « Achetez maintenant, payez plus tard » : un piège pour beaucoup. Nous faisons des achats impulsifs en ligne et n'avons plus de vue d'ensemble.

Ensuite, de nombreuses personnes sont tellement prises qu'elles ne veulent pas se soucier des questions d'argent. C'est pourtant inévitable. Vous vous occupez de votre maison, de votre jardin, de votre voiture : c'est pareil pour votre argent. Combien de cartes de crédit avez-vous ? Avez-vous encore les assurances adaptées ? Êtes-vous à la bonne banque pour votre épargne-pension ? Il n'est pas question de devenir riche, mais d'avoir vos finances sous contrôle. »

Qu'est-ce qui vous a poussée à lancer Dagelijks Geld ?

Els Lagrou : « J'ai acquis une grande expérience au fil des ans et je voulais la partager. Je me soucie des gens et j'ai remarqué que l'argent était encore un sujet tabou pour nombre d'entre eux. Je veux aider à briser ce tabou, pour qu'on ose en parler sans honte, de manière accessible. Car le stress financier est réel et impacte notre qualité de vie. Quand on parle de bien-être, on pense à la santé mentale, physique ou spirituelle. La santé financière, elle, est rarement évoquée, alors que les problèmes d'argent sont souvent la plus grande source de stress, avec diverses conséquences : insomnies, migraines ou même problèmes cardiaques. Si vous n'en parlez pas, ce stress s'accumule. »

Vous passez par les entreprises. Les travailleurs ont-ils souvent des soucis financiers ?

Els Lagrou : « Absolument. Avant, les entreprises disaient : « Ce n'est pas un problème chez nous. » Aujourd'hui, les responsables RH sont surpris des difficultés financières qu'ont leurs collaborateurs, y compris ceux qui gagnent bien. Les gens veulent tout en même temps : voyager, une maison, une belle voiture... sans réfléchir à leur budget. Ils se rendent alors vulnérables.

Et ça ne s'arrête pas après un certain âge. Pensez aux séparations où le budget familial est soudainement divisé par deux. Ou aux jeunes qui doivent encore apprendre à gérer leur argent. Du premier salaire à la pension, la vie est ponctuée d'événements ayant un impact financier. L'éducation financière ne s'arrête donc jamais. »

Quel est l'objectif de votre entreprise ?

Els Lagrou : « Je veux aider les gens à avoir confiance en eux et à être sereins par rapport à leurs finances. Je ne les rends pas plus riches, mais je les éduque et les rassure. Tout commence par une question : qui êtes-vous, que voulez-vous et de quoi avez-vous besoin pour l'obtenir ? Je suis ravie d'entendre les gens dire : « Ce processus m'a permis d'évoluer en tant que personne. » C'est pour ça que je le fais. Peu importe que vous gagnez beaucoup ou pas, c'est une question de prise de conscience. »

Pourquoi avoir choisi le nom « Dagelijks Geld » ?

Els Lagrou : « Parce que ça nous touche au quotidien. L'argent fait partie intégrante de notre vie et je voulais un nom clair et accessible, en toute transparence. C'est un sujet qui nous concerne tous, autant en parler ouvertement. »

Que pensez-vous de la technologie ?

Els Lagrou : « Je l'adopte sans hésiter. Grâce aux outils numériques, je fais tout trois fois plus vite. Nous travaillons dans plusieurs langues, l'IA nous aide pour les traductions, les articles de blog, le contenu... J'ai ainsi le temps de me concentrer sur l'essentiel : le contact humain.

Nous regardons comment utiliser intelligemment et efficacement l'IA sur notre plateforme, sans perdre l'aspect humain. Car au final, le bien-être prime et les gens veulent du contact et du lien. La technologie est un outil, pas un substitut. »

Vous êtes entrepreneuse depuis peu. Qu'est-ce que ça représente pour vous ?

Els Lagrou : « Entreprendre, c'est à mes yeux faire avec envie et conviction des choses auxquelles on croit. Avoir de l'impact. Et vous n'y arriverez pas seul : la collaboration est cruciale. Il faut aussi travailler dur, évidemment. Mon conseil à ceux qui veulent entreprendre : ne vous lancez pas sans réfléchir, car ce n'est pas toujours facile. Mais si vous avez l'énergie, la volonté et le temps, c'est ultra enrichissant. Entourez-vous d'autres entrepreneurs. Et ne pensez jamais qu'il est trop tard : avec l'âge, vous avez souvent un réseau, de la maturité et de l'expérience. Cela donne une certaine sérénité et de la confiance, ce qui manque peut-être aux jeunes. Votre carrière ne s'arrête pas à 50 ans, peut-être même qu'elle repartira seulement de plus belle. »